Le chevalier de la Barre: Ce 18 mars 1871: Un si bel espoir (March 18, 1871: Such a great hope) (English translation follows original French version)

Extrait du “Un si bel espoir” (Extract from “Un si bel espoir)
par Michel Ragon
Copyright Éditions Albin Michel S.A., 1998
Presenté et traduit par Paul Ben-Itzak

Remercierements à Françoise Ragon.

(English translation follows.)

Ce roman historique de Michel Ragon raconte l’histoire de Hector, architecte visionnaire et utopiste, disciple de Proudhon qui a aussi côtoyé un certain Gustave Courbet, et dont la jeunesse a été enivré en 1848 par les espoirs de Paris soulevé ; histoire qui se termine peu après la Commune de Paris, ce soulèvement, révolte, et insurrection utopiste du 18 mars 1871. Face au Black-out presque total dans les medias radiophoniques classiques sur cette 150ème anniversaire, nous avons voulu partager avec vous quelques extraits du roman. Car c’est ça Michel Ragon : la Mémoire des vaincus — ces ‘beautiful losers’ (beaux perdants) — dont les luttes ne sont jamais complètement perdues tant qu’on ne les oublie pas. (Pour en savoir plus sur la Saison de la Commune, cliquez ici.)

L’année 1871 commença par la capitulation du nouveau gouvernement de la République. Les drapeaux allemands flottaient sur les forts de Paris. L’Alsace et la Lorraine étaient livrées aux Prussiens. Aussitôt le peuple de Paris drapa de voiles noirs la statue de la ville de Strasbourg, place de la Concorde. Dans la nuit du 5 au 6 mars les murs de la capitale se couvrirent d’affiches rouges qui proclamaient: « Place au peuple. Place à la Commune. » Des gardes nationaux, qui n’avaient pas encore revêtu leurs uniformes, s’en allaient en bataillons plus ou moins désordonnés, escortés par leurs femmes et leurs enfants, vers les remparts qu’ils entendaient bien tenir. La Commune, ce fut d’abord cela : des ouvriers, des artisans, des bourgeois, refusant l’armistice signé par le chef de l’État, s’opposant à l’entrée des troupes allemandes dans la capitale, s’improvisant soldats, face au gouvernment soi-disant légal qui, abandonnant Paris, s’installait peureusement à Versailles.

Tout cette foule qui avait reflué de la banlieu*, chassée de ses masures, ces ouvriers sans travail, ces paysans sans terre, s’acharnera à défendre une capitale qui n’était pas la leur, la capitale des riches et que les riches avaient désertée. De ce Paris réinvesti, ils voulaient faire leur Commune.

Hector rencontrait souvent [Eugène] Varlin qui, nommé au conseil chargé d’administrer Paris, se livrait à une activité intense. Il raconta à Hector comment, le 18 mars, Adolphe Thiers, devenu le chef du gouvernement versaillais, avait envoyé des troupes pour récupérer les deux cent cinquante canons abandonnés dans Paris et comment la foule, arrêtant les chevaux, coupa les harnais ; comment, sur la butte Montmartre, les femmes se couchèrent sur les canons ; comment le général Lecompte ordonna à ses soldats de tirer ; comment un sous-officier, sorti du rang, cria « Crosse en l’air » ; comment les lignards fraternisèrent avec le peuple et fussillèrent leur propre général.

— Maintenant c’est la guerre entre Versailles et Paris, dit Varlin. Nous avons dressé une centaine de barricades. Le tout est de tenir pendant une mois, le temps que la province s’insurge à son tour. À la Commune de Paris vont répondre les Communes de Lyon, de Bordeaux, de Marseille, de Nantes. La France va devenir une fédération de communes. Ah ! si Proudhon nous voyait !

*Prolos chassé des pauvres quartiers de Paris effacés par les aménagements de Baron Haussmann — aménagements qui ont aussi préordonné le défait militaire de la Commune.

English translation by Paul Ben-Itzak of excerpt from Michel Ragon’s novel:

Michel Ragon’s historic novel “Un si bel espoir” (Such great hope) recounts the story of Hector, visionary architect and Utopian, a disciple of the anarchist writer Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) and friend of Gustave Courbet, and whose youth was inebriated in 1848 by the hopes of Paris in revolt; a story which ends shortly after the Paris Commune, the uprising, revolt, and insurgency of March 1871. In the face of the almost complete mainstream media news black-out on this the 150th anniversary of the Commune, we wanted to share some excerpts from the novel. Because this is the essence of Michel Ragon: the memory of the vanquished, the beautiful losers whose fights are never entirely lost as long as we don’t forget them. (To check out the many commemorative activities throughout Paris through June, click here.)

The year 1871 started out with the new government of the Republic’s surrender. German flags flew over the forts of Paris. No sooner had the region of Alsace and Lorraine been delivered to the Prussians than the people of Paris had draped black flags over the statue of the city of Strasbourg on the place de la Concorde. On the night of March 5/6, the walls of the capital were covered with red posters proclaiming: “Power to the people. Power to the Commune.” The national guard, which barely had time to don its uniforms, marched in more or less disorganized battalions, accompanied by their wives and their children, towards the ramparts which they meant to maintain. The Commune was first and foremost this: workers, craftsmen, bourgeoisie, all refusing the armistice signed by the head of state, opposed to the entry of German troops in the capital, playing at soldier, in the face of the so-called legal government which, abandoning Paris, fearfully set up shop in Versailles.

All this crowd who had flocked to Paris from the poor suburbs*, driven from their hovels by the war, these workers without work, these paysans without land, were determined to defend a capital that was not theirs, this capital of the rich and that the rich had deserted. From this re-invested Paris they would make their Commune.

Hector often ran into [Eugene] Varlin who, nominated to the counsel charged with administering Paris, gave himself over to an intense flurry of activity. He recounted to Hector how, on March 18, Adolphe Thiers, named head of the Versailles government, had sent the troops in to recuperate the 250 canons abandoned in Paris and how the crowd, stopping the horses, had cut the harnesses; how, on the top of Montmartre, women had slept on the canons to protect them; how General Lecompte had ordered his troops to fire on the crowd and how a junior officer, emerging from the ranks, had cried, “Muskets in the air!”; how the soldiers on the line had fraternized with the people and turned their guns on their own general.

“From here on in it’s war between Versailles and Paris,” exalted Varlin. “We’ve erected a hundred barricades. The most important thing is to hold out for one month, to allow time for the provinces to rebel in their turn. The Commune of Paris will be followed by Communes of Lyon, of Bordeaux, of Marseille, of Nantes. France will become a federation of communes. Ah! If only Proudhon could see us now!

**Workers driven from the poorer neighborhoods of Paris erased by the renovations of Baron Haussman — renovations which, by eliminating the sidestreets in favor of grand boulevards had also paved the way for the military defeat of the Commune.